Patrick Eveno, universitaire spécialiste de l’histoire des médias

A l'occasion de la sortie de son livre sur 100 ans de Unes, Patrick Eveno revient pour nous sur l'évolution des journaux et des magazines, indissociable de celle du métier de marchand de presse. 

Vous avez utilisé les Unes comme point de départ pour raconter le monde et son histoire. Leur évolution a-t-elle un lien avec celle du métier de marchand ?

Tout à fait. Il existe plusieurs corrélations qui entrent en jeu : celle de l'imprimerie a permis l'essor de la photo, puis de la couleur. Celle de la société, qui en demande toujours plus à la presse, entre en ligne de compte. Mais l'évolution des diffuseurs est peut-être la plus importante car ils sont au coeur du système et que ce sont eux qui attirent les clients.

Au début du XXème siècle, les marchands avaient juste des baraques en bois, puis il y a eu les kiosques, puis les magasins de presse tels que nous les connaissons, avec progressivement des mises en avant. Les rédactions ont saisi au fur et à mesure cette opportunité pour faire de leurs Unes des vitrines de leur publication. On passe alors de Unes qui sont des additions de titres informatifs à des couvertures pensées pour attirer l'oeil du client.

De quelle époque date l'arrivée de Unes visuellement fortes, concentrées sur un événement ou un idée ?

Dans l'entre-deux-guerres, il a eu des tentatives avec notamment le quotidien Paris Soir, Vu, Regards, ou encore Match, l'ancêtre de Paris Match. Mais ce sont surtout les magazines des années 1960 qui ont investi ce type de Unes, avant d'être suivis par les quotidiens. Chaque journal l'a cependant fait à sa façon, selon la personnalité du titre : Libération est par exemple plus dans le visuel et le choc que Le Monde et Le Figaro.

La presse magazine creuse cette voie de Unes portant une seule information, mais nous voyons aussi revenir ponctuellement des Unes foisonnantes, chez Society notamment. Quelle peut être la tendance ces prochaines années ?

Ce sont en effet deux tendances, et je pense qu'elles peuvent être conjugées, alternées, en fonction des occasions. ll est important de montrer le bouillonnement intérieur d'un journal en Une, de montrer qu'un magazine ne se résume pas à un seul et unique événement, un seul sujet d'actualité.