Avec Claire Pécout, en direct de Libourne (Sud-Ouest)

05/05/2020

« On a jamais eu autant de choses oubliées à la caisse qu’en cette période de confinement. Les gens ont la tête ailleurs », déclare Claire Pécout, gérante d’une presse-tabac en galerie marchande à Libourne (Sud-Ouest) depuis 2015, et vice-présidente pour Culture Presse pour la délégation de Bordeaux.

L’important pour elle aujourd’hui, c’est que les clients continuent à venir, même avec 1h30 d’activité en moins l’après-midi, un taux d’affluence de -60%, -45% de chiffre d’affaires et quatre salariés présents seulement 15 à 20 heures par semaine au comptoir. Néanmoins, l’ambiance n’est plus au rendez-vous depuis un mois. « Avant le magasin était bondé, maintenant on fait rentrer les gens quatre par quatre. L’ambiance générale est à la reconnaissance, du fait qu’on reste ouverts, mais il y a de l’anxiété. Parfois même de la méchanceté due à la peur. Même si nous avons un accès prioritaire au magasin, les clients doivent attendre dehors. Et les voitures qui passent ne s’arrêtent pas forcément pour mon magasin. Peut-être davantage pour la pharmacie à côté », explique celle qui dispose de 320 mètres de linéaires développés, propose la FDJ et des espaces carterie et e-cigarettes.

Toutefois, Claire Pécout a un secret pour garder le sourire : relativiser. Si les quotidiens sont boudés par ses clients, « les revues déco, mandalas, les ludiques et les belles revues se vendent bien ». Cette dernière voit même apparaître de nouvelles perspectives commerciales : « j'ai rencontré des mamans qui n’ont pas l’habitude de venir pour acheter la presse enfantine. On est des roues de secours en quelque sorte. Cette période me permet de développer une nouvelle clientèle. De rencontrer des gens nouveaux qui achètent de nouveaux produits. Les mots croisés, par exemple ».

En matière d’hygiène et de sécurité en revanche, la commerçante a du recourir à la débrouille. « Des masques nous sont heureusement fournis par une couturière mais c’est mon père qui a fabriqué une barrière avec du plexiglas et du bois lorsque les magasins de bricolage ont pu réouvrir. On est bullés ! Avant, c’étaient des poches poubelles transparentes découpées qu’on utilisait pour se protéger ! A part ça, on désinfecte le magasin, les vitrines avec de l’alcool à brûler. Et on nettoie la presse que les gens touchent ».

Aussi, à quelques jours de la date officielle de la fin du confinement et si le gouvernement la maintient, Claire Pécout reste convaincue d’avoir fait le bon choix. « Lorsque le président de la République a parlé de la fermeture des magasins, j’étais convaincue que je pourrais rester ouverte. Nous avons un rôle fondamental pour la société. Etre ouvert c’est apporter du confort et du bien-être aux clients. Certains ont envie de pleurer quand ils rentrent car tout est fermé et très anxiogène alors ça les rassure de voir que la pharmacie et moi-même sommes toujours là ! ». Pour rien au monde d’ailleurs, elle ne baisserait le rideau. « Le marchand de presse est toujours là, même en conditions extrêmes et en situation dramatique. Et puis, il faut savoir que la situation des magasins de presse dans le Sud-Ouest est disparate. Alors que Bordeaux est en souffrance, ses périphéries fonctionnent bien, par exemple. Il faut se dire que ce confinement est une remise a zéro de beaucoup de choses, car le monde est devenu fou ». 

Sa vision donc ? Tirer profit de ce temps calme pour repenser son magasin: « Nous avons démonté la caisse, réaménagé les rayons, nettoyé, épuré. Tout ça pour surprendre les clients et leur donner l’impression qu’il s’agit d’un nouvel espace ». Enfin, Claire Pécout défend bec et ongles sa profession, même dans la tourmente .« Nous sommes des magasins à valeur sûre. Même s’il y a la crise de Presstalis, nous devons montrer que nous sommes des grands professionnels. Que nous avons de bonnes offres commerciales. Et faire en sorte que le client se sente toujours bien dans notre commerce. Pour qu’il prenne le temps d’y rester. Ne soyons pas confinés d’esprit ! Rendons-nous compte que la presse écrite n’est pas morte et qu’au delà de cette situation de confinement il y a des perspectives d’avenir! »