Avec Marie-Thérèse Lender, en direct de Colmar (Haut-Rhin)

09/04/2020

Direction l'est de la France cette fois-ci, pour la suite de notre série de rencontre « sur le terrain ». Depuis le début du confinement, les équipes de la Quotidienne d'Union Presse s'évertuent à mettre en avant le travail des marchands dans les villes et les villages de France.

Dans l'une des régions les plus touchées par la pandémie, Marie-Thérèse Lender, gérante d'un magasin à Colmar (Haut-Rhin), a, dans un premier temps, baissé le rideau quelques jours avant de réouvrir. « J’ai fermé le 17 mars, quelques jours avant l'allocution de M. Macron. Parce qu’on avait pas de gants, pas de gel, ni aucun moyen de protection. La première responsabilité d’un chef d’entreprise, c’est quand même de protéger ses salariés et ses clients ». Une décision difficile, saluée par certains. « J’ai pris les devants comme ça, et j’avoue que j’ai beaucoup de clients qui m’ont félicité. Je suis revenue travailler dans un contexte un peu morose. En Alsace, on a l’impression qu’on est en deuil tous les jours. Les gens apprécient vraiment que j’ai réouvert. Ça fait une présence ». 

Cette fermeture de quelques jours aura eu un autre effet bénéfique : la mise en place d'une vitre en caisse. « J’en ai profité pour installer un mur de plexiglass qui fait toute la longueur du comptoir. Sans protection, ça devenait impossible. Parce que nous dans l’Est, les hopitaux n’avaient plus de masques, plus de gants non plus ». Il faut alors trouver d'autres solutions, et parfois s'en remettre à la solidarité des autres commerçants. « J’ai pu me fournir du gel grâce à la pharmacie d'à côté qui est sympa, et qui comprennait que moi aussi je travaillais ».

Désormais seule dans le points de vente, après avoir enclenché le chômage partiel pour ses employés, Marie-Thérèse a adapté ses horaires : 6h30-12h30. Et amorti les pertes grâce au tabac. "Les gens n’achètent que des cigarettes. Maintenant on est vraiment des buralistes". Frontalière, elle ironise sur la situation. « C’est bizarre, parce qu'on retrouve des clients que l’on avait pas vu depuis longtemps ». Pour ce qui est des journaux en revanche, c'est plus délicat. « La presse, elle a pris un coup. Encore la régionale, les gens l'achètent parce qu'il y a une attestation de sortie. Mais la presse nationale, c’est une catastrophe ».

Propriétaire d'un « petit » magasin (30m²), la commerçante fait patienter les clients sur le troittoir. « J’ai parfois une quinzaine de clients qui attendent dehors. J’ai un affichage au niveau des vitrines que j’avais déjà installé avant le confinement. Les gens respectaient déjà les consignes le premier week-end ». L'occasion de rappeller que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. « Quand je vois ce qu’il se passe à Paris, comparé à chez nous : c’est le jour et la nuit. On n’a pas le même confinement. Chez nous, il y a quand même des contrôles qui sont faits régulièrement. »