Coup de fil à Gilles Almon, dépositaire du dépôt de Béziers

Alliance

Pour démarrer la nouvelle année, Union Presse a choisi de donner la parole aux dépositaires. Cette semaine, c’est à Gilles Almon, dépositaire du dépôt de Béziers, que nous avons passé un coup de fil. Dans cette interview, il revient notamment sur l’incendie qui a complètement détruit le dépôt de Béziers, dont il a repris la gestion en 2012 avec son épouse. Cet incendie a ravagé une surface de 2000 m² et a complètement bouleversé son travail quotidien.

Votre dépôt a récemment été ravagé par un incendie. Pourriez-vous nous en parler ?

Aujourd’hui, on n’a pas encore les conclusions de l’enquête, puisqu’elle est toujours en cours, mais l’incendie s'est déclaré dans la nuit du samedi 16 août 2025, en début de soirée, un peu après 21 heures. La journée avait été très chaude. L'incendie s'est déclaré au niveau du bâtiment, qui a été ravagé en peu de temps. Quand je suis arrivé, environ 15 minutes après l'appel de la sécurité, les flammes sortaient déjà du toit et une bonne partie de l'atelier était déjà bien engagée dans l'incendie. C'était déjà très difficile d'envisager de récupérer le bâtiment à ce moment-là. Ça a été très vite. La totalité du bâtiment a été détruite et son contenu aussi, que ce soit en termes de matériel, comme en termes de marchandises présentes dans le dépôt. Rien n’a pu être récupéré. C’est assez désespérant d’ailleurs émotionnellement, et c’est compliqué à gérer en se disant : “demain comment on distribue ?”

Comment vous y prenez-vous depuis pour assurer votre travail ?

Le lendemain de l'incendie, un transporteur qui a un espace de 200 à 300 m², nous a proposé de nous le mettre à disposition. Le local nous permettait juste d’être abrités car il n’était pas fermé. Alors, on s’est mis à la recherche de locaux immédiatement. Ils ont été très durs à trouver. On est restés pratiquement trois mois chez le transporteur, puisqu'on est rentrés dans notre local provisoire la première semaine de novembre. On a basculé notre activité de distribution des quotidiens sur la plateforme de Perpignan qu'on avait, qui nous a permis d'assurer cette distribution-là, et toute la partie magazine a été transférée en sous-traitance aux Messageries Lyonnaises de Presse. Maintenant, on cherche une surface de local commercial qui est autour des 1500 m² avec des bureaux et, surtout, un bâtiment proche accès autoroute et avec une adaptabilité (travaux à réaliser ou opérationnel pour de la logistique). Ce type de bâtiment est plutôt denrée rare sur Béziers. On continue les recherches, mais c'est vrai que ce n'est pas aussi simple que ce qu'on avait pu imaginer au départ. Les prochains mois vont s'avérer difficiles, forcément, économiquement, parce que pour le moment on n’a pas eu les fonds de l’assurance car l’enquête n’est pas terminée. On a fonctionné sur nos fonds propres. Ce n'est pas intarissable. La prochaine étape est donc d'arriver à faire débloquer les fonds de l'assurance pour pouvoir reprendre une bouffée d'oxygène et pérenniser la suite. Après, la saison va vite arriver. On va se préparer dès les mois de février-mars, donc on n'aura pas de répit, cette année, sur l'activité.

Durant cette épreuve, vous avez pu bénéficier de beaucoup de soutien ?

Toutes les équipes ont été présentes et nous ont soutenus dans ce moment. Les équipes de commerciaux sont restées sur le terrain pour faire la relation et la communication avec le réseau pour ne pas couper les ponts. L'équipe de nuit fait des navettes entre Béziers et Perpignan pour descendre et distribuer les quotidiens, remonter les quotidiens et limiter la casse durant l'heure de livraison. Tout le monde a joué le jeu. Même les équipes des invendus ont travaillé une partie de la nuit pour faire le tri, réceptionner les camions. Tout le monde a été chamboulé dans sa manière de travailler, mais tout le monde, de la comptabilité aux distributeurs, en passant par tous les postes de l'entreprise, a quand même joué le jeu et accompagné l'entreprise, et nous, pour ce changement. On a également obtenu du soutien de la part de toute la profession, que ce soit des Messageries, du SNDP, de mes collègues dépositaires, auprès de qui j'ai pu récupérer du matériel qu'ils m'ont mis à disposition. La solidarité a joué à plein régime, même au niveau de Culture Presse. Toute la profession a été bienveillante envers nous. On remercie évidemment tout le monde, et bien évidemment, je remercie aussi mon épouse, parce qu'on se soutient mutuellement.

Quels sont vos coups de cœur presse du moment ?

Des coups de cœur, certainement, oui, il y en a. Mais, ce que je retiendrais plus globalement, c'est qu'on voit que les éditeurs ont quand même beaucoup de créativité. Il y a quand même des nouveaux titres qui sortent, par exemple TIME version française ou L'Audace! par Natacha Polony. Je pense qu'il y a quand même des gens qui croient encore au support presse. Et ça, c'est ce qui nous permet aujourd'hui, à toute la profession, de continuer à exister, de montrer qu'il y a de l'intérêt, que le débat démocratique est important et que le produit presse a toute sa place dans notre société aujourd'hui. Malgré la concurrence d'Internet et des fake news qui peuvent sortir sur les réseaux sociaux, le papier a quand même un recul, une analyse, qui permet de vérifier, de contrôler la véracité des informations qui sont mises dedans. Et ça, je pense que dans les années à venir, ça aura encore plus d'importance parce qu'on a tendance à être inondé de beaucoup d'informations qui ne sont pas toujours vérifiées ou vérifiables, et encore plus avec l’IA.