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Solidarité et stupéfaction

Jean-Michel Detchart

Chères consœurs, chers confrères,

Nous venons de vivre un week-end singulier. Nous avons assisté avec sidération et effarement à des scènes d’affrontements violents, de pillages et de dégradations gratuites dans tout le pays. Pour beaucoup d’entre nous, ce triste spectacle a tourné en boucle sur nos écrans, pour d’autres, malheureusement, la catastrophe et le traumatisme se sont vécus en direct, voire ce matin à la constatation des dégâts. Particuliers, collectivités, services, commerces, personne ne semble avoir été épargné par la violence des émeutes de ce week-end. Il y a parmi eux certains de nos confrères marchands de presse et buralistes dont les vitrines ont été dégradées ou défoncées et parfois les magasins pillés, jusqu’au kiosque de la place de la République à Paris, incendié et complètement détruit. Au-delà des marchands de presse, ce sont de nombreux commerçants indépendants qui auront payé un lourd tribut ces 17 et 18 octobre. Les dégâts sont considérables, et l’impact sur l’activité est difficilement mesurable à l’heure actuelle, alors que de trop nombreux commerces devront garder leur rideau baissé dans les jours ou semaines qui viennent. Derrière chaque commerce en souffrance, il y a des entrepreneurs en difficulté, des salariés privés de leur moyen de subsistance, des familles touchées par ricochet, des clients privés de l’accès aux biens et services. Certains ne s’en relèveront peut-être jamais. C’est à tous ces commerçants qui vivent ce chaos que vont nos pensées aujourd’hui. Nous sommes évidemment solidaires de chacune et chacun d’entre eux. Comme toutes les fédérations et syndicats de commerçants, l’heure est au bilan et Culture Presse réalise un recensement des marchands de presse indépendants touchés. Nous serons aux côtés de nos adhérents pour leur faciliter la gestion de ces émeutes et leurs suites, en relation avec nos partenaires – et au premier rang d’entre eux, les dépositaires. Quand un kiosque, ou un magasin de presse brûle, c’est la liberté d’opinion et la culture qui partent en fumée. Les marchands de presse, acteurs de la liberté d’opinion et de la démocratie, comprennent bien sûr la nécessité du débat et soutiennent la liberté de manifester. Mais nous ne pouvons ni comprendre ni accepter que de tels débordements se substituent à ce débat ; pas plus que nous ne pouvons comprendre que des opportunistes en quête de sensations fortes et de gain facile ne prennent prétexte du droit de manifester pour nuire gratuitement.

Jean-Michel Detchart
Président national de Culture Presse